EMPLOI DES CHAMEAUX DANS LES RÉGIONS SEPTENTRIONALES.
FRAYEUR QU'ILS CAUSENT AUX CHEVAUX. LA RACE AFRICAINE DES DROMADAIRES TRANSPORTÉE EN TOSCANE; LEUR FORCE ET LEUR VITESSE COMPARÉES A CELLES DES RACES PERSANES; MAXIMUM DE LEUR VÉLOCITÉ. MUSIQUE DES ZEMBOUREKS.
Quoique je voulusse me borner à parler seulement du dromadaire et du chameau de Perse, je dois ajouter néanmoins qu 'ils sont utilisés par l'homme jusque près du pôle arctique, et qu' ils prospèrent parmi nous
(1) Voyez le Spectateur militaire des 15 juin et 15 juillet 1853.
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au centre de notre civilisation. La Martinière nous dit, dans son Dictionnaire géographique (article Kalmouks), que ces quadrupèdes furent employés, au commencement du siècle dernier, à transporter des troupes presque dans les régions hyperboréennes de la Baltique, dans un pays couvert d'étangs et de mare cages, et qu'ils participèrent beaucoup au gain d'une bataille. Suivant un traité d'alliance conclu avec les Kalmouks, ils étaient obligés de fournir aux troupes de
Pierre le Grand un corps de soldats montés à dromadaires. «Cette troupe, dit- il, contribua beaucoup à un
» avantage considérable que le feu czar remporta près
» de Plesco , sur un détachementdel'armée suédoise,
» immédiatement après la bataille de Narva. Ces dro
» madaires ( qui , je suppose , étaient des chameaux à
» deux bosses, ces peuples n 'en ayant point d'autres),
» dont les Kalmouks se servent pour traîner et porter
» leurs bagages, sont des animaux à la vue desquels
» les chevaux sont terriblement effrayés; quand ils en
» voient pour la première fois , ils prennent l'épou
» vante et s'enfuient avec précipitation (1). Les Mos
» covites s'avançant, dans l'occasion dont il vient
» d'être parlé, pour attaquer les Suédois, mirent au
(1) Il y a des chevaux qui ne peuvent s'habituer à la vue des chameaux. Ainsi, l'un de mes chevaux, arabe pur-sang, était dans ce cas-là. Pendant six ans que je le montai, je dus être attentif chaque fois qu'ilme fallait traverser une rue où se trouvait un dromadaire; sans cette précaution, il faisait volte-face et cherchait à s'enfuir. A la fin, je parvins à l'habituer un peu; néanmoins, cette vue lui en imposait toujours; il frisait le mur et témoignait de la peur.
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» front les Kalmouks avec quelques dromadaires.
» Aussitôt, les chevaux suédois s'effarouchèrent et
» rompirent les rangs; après quoi les Moscovites tom
» bèrent sur eux et achevèrent de les mettre en dé
» route, » Les dromadaires supportent le froid aussi bien que le chaud; car on en voit d'immenses caravanes traverser les hautes montagnes de la Médie par les hivers les plus rigoureux, alors que le thermomètre centigrade marque 25 degrés au-dessous de zéro. La nuit ils se couchent sur la neige, et, moyennant la précaution qu'on a de leur couyrir la tête d'un capuchon de feutre, ils supportent très bien l'énorme transition qui a lieu des vallons chauffés par le soleil aux montagnes glacées qu'ils parcourent alternativement.
Il existe une brochure d 'un grand intérêt, et qui, bien qu'elle ne contienne rien demilitaire, nous fournit des renseignements qui trouvent naturellement leur place ici. Cette brochure, de Jacques Gräberg de Hemsö, traite d'une race de dromadaires existant près de Pise en Toscane. Une des particularités les plus essentielles à constater, c'est que la vigueur qu'ont conservée ces animaux, d'originebarbaresque, est analogue à celle des races du nord de la Perse .
C'est, sans contredit, à la manière d'élever ces animaux qu'on doit cet heureux résultat. En Toscane, on ne sèvre les petits qu'à seize ou dix-sept mois: c'est ainsi qu'on en use dans le nord de la Perse, où la race est infiniment plus vigoureuse que dans le midi, contrée où la rareté des ressources oblige le paysan à seyrer les jeunes dromadaires beaucoup plus tôt.
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M. Gräberg dit que ces utiles animaux rendent, dans l'administration des domaines, d'importants services comme bêtes de somme, et que le travail de chacun peut équivaloir à celui de deux chevaux. Chacun de ces dromadaires porte un poids de 1,300 et quelque fois de 1,400 livres de Toscane (soit 44,52 à 47,94 myriagrammes), et avec une pareille charge sur le
dos, ils ne font jamais moins de 3 milles par heure (4955",736). M. le général Carbuccia dit que, lors de l'expédition de Tiaret sous le commandement du général Marey-Monge, un corps de dromadaires de vant accompagner l'expédition, chacun de ces animaux reçut la charge énorme de 200 kilogrammes.
Or, ce poids ne représente pas même la charge ordinaire d 'un zembourek, laquelle est de 450 livres. Nous trouvons encore, page 28: «D'après ce que chacun» de nous a vu souvent, le gros dromadaire porte» cinq à six sacs d'orge de 60 kilogrammes; le moyen,
» quatre, et le faible, trois; sans compter le poids du
» conducteur, quimonte sur la bête toutes les fois
» qu 'il est fatigué.» La charge ordinaire, en Perse,
est de 720 livres, et c'est d'après ce taux que l'on fait le prix et que l'on confectionne les ballots pour le transport en caravane. Les gros dromadaires portent jusqu'à 1 ,000 livres, c'est-à-dire lemême poids que ceux qu'on emploie en Toscane, et un tiers de plus que ceux d’Algérie. Quant à leur vélocité, je l'ai indiquée dans un tableau comparatif, où je dis qu'avec une charge de 720 livres, et même y compris un supplément de 280 livres pour les gros dromadaires,
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ils faisaient 3840 mètres par heure, c'est-à-dire 1115 mètres de moins que ceux de Toscane, qui font commodément 3 milles par heure avec la même charge. Cette différence devrait éveiller l'attention du gouvernement français, qui, s'il faisait élever des dromadaires pour son compte, obtiendrait assurément lesmêmes résultats qu'en Toscane à l'aide des mêmes moyens, et, par là éviterait la nécessité d'employer des animaux de rebut.
Nous tenons de M. le général Marey-Monge, qu'il existe en Algérie des dromadaires ayant fait, dit-on, 80 etmême 100 lieues par jour. MM. Pottinger et Christie disent que chaque chef de beloutchis, pour effectuer un tchapaoul (razia), a sous sa direction une douzaine de dromadaires qui parcourent ainsi près de 90 milles par jour, jusqu'à ce qu'ils soient près du théâtre de leurs opérations. Lemaximum de la vitesse des dromadaires du nord de la Perse est, dit-on, de 30 lieues par jour, et je doute fort qu'ils puissentdé passer ce chiffre. Ce sont nécessairement des exceptions que l'on ne saurait offrir commerègle générale.
Voici sur quoimon opinion est fondée à cet égard. Les révoltes fréquentes qui agitent le pays, et surtout le despotisme du chef , qui lui permet de disposer po un caprice de la vie de ses sujets, obligent ceux-ci à être toujours sur le qui-vive (1) . Les seigneurs ont
(1) Le Kouroglou, chant populaire de la Perse septentrionale, qui exprime par de vives images la pensée et le goûtde la nation, met ces paroles dans la bouche du prince qui a fait aveugler le père de Kouroglou: «Dans un moment de colère, je lui fis crever
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presque toujours dans leur écurie un cheval dont les qualités, cachées au public, sont connues seulement du maître et d 'un palefrenier fidèle. Ces animaux; réservés seulement pour le rouz seïah (jour de malheur), sont réputés faire 60 lieues et même plus par jour (1). Siles dromadaires pouvaient atteindre à une pareille célérité, nul doute qu'on les employât pour le même objet, ce qui n 'a jamais lieu (2).
Il me reste à dire quelques mots sur la musique militaire des Zemboureks (nagarah khânè); nous aurions pu éviter ce sujet, s'il ne s'y rattachait une question assez essentielle. Quelques personnes prétendent que le bruit des tambours et des clairons effraie les dromadaires. Nous pouvons affirmer, en toute connaissance de cause, que ces animaux s'ac
» les yeux; mais qui donc contestera au maitre le droit de punir
» son serviteur, afin qu'il puisse ensuite entasser sur lui ses
» faveurs ? Suis-moi, tu apprendras à me plaire, et je saurai te
» récompenser ,» (A . Chodzko.)
(1) Les chevaux turcomans font souvent des courses de soixante lieues, c'est ce qui rend leurs cavaliers insaisissables lorsqu 'ils font des incursions sur le territoire perse.
(2) Le grand-vizir, que nous avons eu occasion de citer si sou vent, dut son salut à la vitesse de son cheval. Arrivé dans la mosquée de Chah-Abdoul-Azim (lieu d 'asile), ses persécuteurs, forcés de respecter la sainteté du lieu, voulurent le prendre par famine.
Je fus assez heureux pour favoriser son évasion et sauver la vie à celui dont la bienveillante protection m'avait été si souvent utile dans ma carrière. J'ai de lui plusieurs lettres, datées de cette retraite forcée, et dans lesquelles, oubliant qu'il vient d'être dé pouillé de biens immenses et que sa vie est en péril , il se plaint seulement de la perte de son cheval, dont son ennemi personnel, le chef de la tribu des Chah-Sévend, s'était emparé.
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coutument non seulement aussi facilement que le cheval, à la musique militaire, mais encore que celle qui les précède est incomparablement plus bruyante et plus effrayante que la nôtre. Voici les instruments qui la composent: le karinè, qui a la forme du tuba, l'ancienne trompe romaine, et qui a 8 pieds de long (1). Le son en est comparable au beuglement
d 'un taureau en fureur (2). Le kôous, grande-caisse qui a dix piedsde tour; le balaban; le houl, tambour; le nagarah, timbale; le chéipour, ou nafié, trompette; les zourna, hautbois, et les cymbales, zeng. Tous ces instruments sont en double et en triple, et la partie musicale du régiment est représentée par vingt-cing zournatchis, quitapent et soufflentcommedes fous (3).
Mirza Mehdi rapporte «que Nadir commanda au na
» gårah khânė (musique militaire) de son auguste
(1) Il existe à la Bibliothèquenationale une trompette de cuivre, conservée au département des antiques. Cette trompette, qui a 1", 17 de longueur, a été rapportée de la Colchide et donnée à la Bibliothèque en 1824, par M. Gamba, alors consul de France à Tiflis. C 'est la véritable trompette antique, dont l'usage s'est perpétué dans ce pays; le son en est très perçant, et porte à une fort grande distance. (Magasin pittoresque, vol. XX, p. 36.)
(2) Les musiciens persans sont parvenus à faire sortir de cet instrument une sorte de modulation qui reproduit assez bien le nom du roi Méhémed-Chah, tour de force harmonique qui leur valut une généreuse gratification.
(3) On se figurera ce que peut être une pareille harmonie, si l'on songe qu'il n'existe point demusique notée; que chacun sait les airs du pays par tradition seulement, et par conséquent les modifie selon son bon plaisir, s'efforçant uniquement de couvrir le bruit de son voisin par le sien, afin de produire le plus d'effet possible.
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» armée, de déchirer l'air par ses sons belliqueux, et
» qu'il partit au son de ces instruments guerriers qui
» étaient semblables à la trompette dela résurrection.
» Aussine dirons-nous pas, à l'exemple d'un Anglais:
«Cette musique a quelque chose de supportable.»
Nous ajouterons, au contraire, qu'il faut des oreilles persanes pour supporter cet affreux tintamarre auquel les gens du pays se délectent. Ils apprécient surtout infiniment l'air du Kouroglou (Fils de l'Aveugle), chant assez martial, qui produit sur eux les mêmes effets que les chants patriotiques sur nous. Un des passages qui les électrisent particulièrement, lorsque l'on joint les paroles à la musique, est celui-ci: «Cesse» tes bravades! Que sont à mes yeux trente, soixante
» ou cent de tes soldats? Que sont vos rochers, vos
» précipices et vos déserts sous le sabot de mon cour
» sier? En moi tu vois le léopard des montagnes et
» des vallées.
» (Voir la Revue orientale, traduction de M. Chodzko.)
QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. IMPERFECTIONS DU ZEMBOUREK; LENTEUR DU SERVICE. PROJET D'UN NOUVEAU BAT-AFFUT; AUGMENTATION DU PERSONNEL; FORMATION D'UNE NOUVELLE COMPAGNIE DE ZEMBOUREKTCHIS; MANOEUVRES.
Avant de commencer cette notice, mon projet était de donner seulement quelques dessins concernant les zemboureks, et d 'y joindre quelques détails superficiels: tel était mon plan, et probablement ne m'enserais-je pas écarté si, en parcourant mes papiers, je
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n 'eusse trouvé une foule d'éléments qui semblaient m'entraîner à donner plus d'extension à ce petit travail. Si je me trouve quelquefois dans la nécessité d'entretenir le lecteur de faits quime sont personnellement relatifs, c'est que m'étant trouvé en communication journalière et en rapport d'affaires avec tous les personnages puissants du pays pendant un séjour de quatorze années, il m'était impossible de parler d'eux sansme trouver mêlé à ce qui les concernait.
Là, où les moeurs diffèrent si essentiellement des nôtres, l'Européen se trouve placé trop en évidence pour n'avoir pas une part active dans la plupart des événements importants. Je ne me dissimulais pas qu'après les efforts tentés et les encouragements accordés par le général Marey-Monge pendant son intérim au gouvernement d'Alger, et les recherches aussi profondes que judicieuses du général Carbuccia, il restait peu à dire sur le sujet qui m'occupait.
En effet, cet auteur, quoique étranger à la langue arabe, nous a donné les plus minutieux détails sur l'utilité en Afrique d 'un transport militaire à dromadaire. Son ouvrage est un véritable manuel, qui devrait servir non seulement aux officiers employés au service actif en Algérie, mais à ceux de toutes les puissances qui se trouvent en rapport avec l'Orient.
Ce traité peut leur devenir un jour d 'une très grande utilité; et, sans aucun doute, ils y trouveront d 'inépuisables ressources sur l'histoire naturelle des dromadaires, l'hygiène et le commerce de ces animaux.
L'expédition de Khiva, en 1840, par l'armée russe,
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composée de 6,000 hommes et de 10,000 chameaux, ainsi que celles qui eurent lieu au Kaboul, en 1839 et en 1842, par l'armée anglaise, qui comptait 30,000 dromadaires, nous prouvent l'utilité de cette étude; et l'invasion que tente notre civilisation sur l'Asie tout entière, rend cette branche d'un intérêt incontestable. Toutefois, encouragé par ceux-là mêmes qui ont si savamment traité ce sujet, je me suis décidé à dire non seulement ce que j'ai vu et appliqué, mais encore les modifications que j'ai tentées pour l'amélioration de cette artillerie portative.
Afin de mieux faire comprendre quels étaient les perfectionnements que réclamait le zembourek, nous devons dire ce qu 'était cette arme dans son état primitif et comment se faisait le service de la pièce (1).
Le zembourek, sauf quelques imperfections dans le fini du travail, avait les mêmes dimensions que ce lui dont nous avons déjà donné la description, moins la platine qui remplace maintenant un bassinet placé du côté droit du tonnerre. Ce canon, n'ayant pas de recul et étant pointé à la main, avait le grand inconvénient (qu'il a encore conservé) toutes les fois qu'on augmentait la charge, de donner une forte secousse, qu'on atténuait, autant que possible, en entortillant la crosse de chiffons (fig. 1). Le bât (fig. 2) était formé de deux chevalets de bois, dont l'un reposant sur le garot et l'autre sur la croupe du dromadaire à la distance de 0m,70 à 0m,75 l' un de l'autre, étaient re
(1) Voir la planche ci-jointe.
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tenus par des traverses; derrière ce bât étaient fixés perpendiculairement deux bâtons au bout desquels pendait une banderole; l' un de ces bâtons servait en outre de refouloir, de porte-mèche et de fouet. On guidait la bête au moyen d 'un licol et d 'une longe en corde. Le canonnier portait un haut bonnet en peau de mouton garni d 'une plaque; une robe longue, dont les pans se retroussaient dans la ceinture et qui était ornée sur la poitrine de pendeloques de métal
qui, se heurtant pendant la marche, produisaient un cliquetis continuel. Il était armé d'un cama, long poignard. Le service du canon se faisait de la manière suivante: Le guide de droite, souvent même le capitaine, se mettait à une certaine distance du front de la ligne, et là, par des gesticulations des bras et des jambes, commandait la manouvre, n'employant la voix que lorsqu'il avait quelque observation à faire.
Pour charger et faire feu, le canonnier, assis sur son bât; prenait de la main droite un sac de poudre placé dans la sacoche, remplissait une mesure, la versait dans le canon et y mettait la bourre; puis, dela main gauche, prenant un boulet ou une poignée de balles, il introduisait le tout dans l'âme de la pièce, sur la quelle il plaçait un tampon en feutre, et bourrait en suite le tout à l'aide du bâton placé derrière lui. Ces préparatifs terminés, prenant la poire à poudre qui pendait à sa ceinture, il amorçait; et, afin que le mouvement du dromadaire ne répandît pas la poudre du bassinet , il la contenait avec la paume de la main ou l'enveloppait d 'un chiffon. Il faisait feu au moyen
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d'une mèche placée en bandoulière autour de son corps, et dont le bout allumé était par précaution placé à cheval sur le canon, regardant le cou du dromadaire. Comme on le voit, tout ceci s'exécutait de même quechez nous au XVI siècle, et il fallait à l'artilleur le plus expert au moins trois minutes pour charger et tirer sa pièce. Nous avons déjà dit que le canonnier, après avoir descendu la pièce du bât, en fonçait fortement le pivot en terre, ce qui détériorait
infiniment les tourillons et ébranlait la crosse au point de la mettre promptement hors de service. Elle se trouvait, en outre, placée trop bas, ce qui nuisait beaucoup à la régularité du tir: la secousse étant très violente, il arrivait souvent que le canonnier en avait la main blessée. Enfin, un autre inconvénient résul tait de l'absence d 'un affût, c 'était le déplacement du canon par la secousse. Le pivot n'étant plus perpendiculairement placé par suite de l'élargissement du trou pratiquédans la terre, ilarrivait souvent, comme je l'ai vu moi-même, qu'après la seconde décharge le canon était gisant à terre.
Il fallait donc modifier le zembourek, simplifier le service, de manière à lui laisser ses avantages, en tâchant autant que possible de lui enlever ses inconvénients.
Nouveau bât-affút.
Le perfectionnement que le grand-visir avait ap porté dans la confection de la pièce et desmunitions de guerre, était, sans aucun doute, un grand pro
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grès; et, si l'on eût dû s'en tenir aux petites charges à mitraille, le but était presque atteint. Mais, ce qui était non moins important, c'était de rendre la pièce propre à tirer à boulet, avec de fortes charges, lors qu'on l'aurait descendue et placée en batterie, en évitant d'embarrasser d'un affût, le canonnier qui monterait le dromadaire, afin de ne pas gêner ses mouvements et de ne pas ralentir la marche de la bête par une augmentation de charge. J'imaginai
un bât-affût (fig. 4 et 5) dont je présentai, en mai 1847, le modèle au premier ministre. Ce bât-affût est composé de deux chevalets (d) dont les deux branches sont réunies par une traverse; le tout formant l'arçon du devant (a) et celui du derrière (6). Les quatre pieds des deux chevalets ont chacun une petite roue © destinée à porter le bât quand il est placé à terre. Les deux chevalets sont réunis par huit barres (e), quatre fixées à droite des arçons et quatre à
gauche. C 'est de la réunion de ces pièces de fer que se compose la charpente du bât-affût. Le chevalet de la croupe a une vis de pointage (k). Le pivot du canon passe par un trou du chevalet du garot et s'appuie sur la traverse au point (f). Deux crochets ou porte-écouvillons (9); porte-étrivières (h); crampon pour attacher la courroie du poitrail (i). Tout ceci doit être en fer. La sangle s'attache, comme dans l'ancien bât, de l'une à l'autre barre; les courroies () servent à attacher les deux panneaux (p) à l'arçon.
Un supplément à ajouter à la place de la plaque de couche et derrière la crosse du canon, consiste en un
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ressort (fig.4,5,6) qui retient une tablette de fer à coulisse ® à laquelle on adapte, au moment de s'en servir, une plaque de fer légèrement cintrée qu'on fixe par une clavette (1s), ce qui permet de pointer à droite et à gauche sans déranger l'affût de sa place.
Cet affût nécessitait une augmentation de servants, qui devaient être portés à trois pour chaque pièce; car, quoi que l'on fît, il était impossible de placer la pièce en batterie, de la servir et de garder le dromadaire sans cette augmentation de personnel.
Nous avons vu que toutes les maneuvres concernant les évolutions ne pouvaient acquérir toute la régularité nécessaire parce que l'artilleur avait assez àfaire de charger sa pièce, ce qui l'empêchait de pouvoir guider sa monture. L'adjonction de deux servants, montés sur un second dromadaire, devait suppléer à ce défaut. L'animal, outre la charge des deux hommes, devait porter une double sacoche contenant toutes les fortes charges à boulet; le sac des fusées d'amorce, le dégorgeoir (la platine du bassinet remplace le doigtier), le porte-mèche ainsi que le tire-bourre. Les deux canonniers devaient être armés chacun d'un sabre-baïonnette, d'une carabine et d'une giberne. L'artilleur monté sur le dromadaire portant la pièce restait équipé comme ayant, si ce n'est que sa giberne était remplacée par le sac à
charge, auquelon ajoutait un second dégorgeoir etune corne à amorcer. Ce canonnier n'aurait sur lui d'autre arme qu'un sabre-baïonnette. Les munitions contenues dans sa double sacoche devaient être des car
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touches à balles. On supprimerait la banderole. Les provisions de bouche devraient être réparties sur les deux dromadaires.
Voici, d'après ce plan, le nombre d'hommes et de dromadaires nécessaires pour former une compagnie:
1 capitaine et 2 lieutenants à cheval,
4 sergents à dromadaires,
10 caporaux,
2 trompettes,
1 adjudant,
1 sergent-fourrier,
et 50 canonniers;
en tout 74 personnes, 46 dromadaires et 5 chevaux.
Formation en ordre de bataille.
Le peloton sera formé sur deux rangs de dromadaires (fig.3).
Les dromadaires du premier rang, portant un canon et un homme, conserveront leur distance de 1”,50 l'un de l'autre.
Ceux du second rang, placés à 3 mètres en arrière des premiers, porteront chacun deux canonniers assis dos à dos.
Le capitaine se tiendra à 6 mètres en arrière du serre-file, vis-à-vis le centre de sa compagnie; à côté de lui se tiendront les clairons.
Les lieutenants à la droite de leur section, au premier rang.
L'adjudant et le sergent-fourrier à cheval en serre-file, à 3 mėtres derrière le centre de chaque section.
Les quatre sergents en serre-file derrière la gauche et derrière la droite des sections (1).
Pendant tout le temps que le canonnier du premier rang étant en selle servira la pièce et fera feu, son (1).
Tous les sous-officiers seront armés d'une lance, d'un sabre et de pistolets d'arçon.
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dromadaire présentera l'un des flancs au front de bataille.
Le second rang gardera sa place, face en tête, et surveillera l'exercice.
Marche en avant en bataille.
Le premier rang restera en place.
Le second rangmarchera en avant, et passant par l'intervalle laissé entre les dromadaires du premier rang, le canonnier de celui-ci jettera la longe de sa bête au canonnier du second dromadaire quiest tourné vers la queue et se laissera conduire pendant qu'il rechargera son arme (fig.7).
Le capitaine quittera sa place et marchera devant le front au centre de la compagnie.
Au commandement, le dromadaire du premier rang reprendra sa première place en avant.
Les autres marches sont soumises à quelques changements que l'hommede l'art peut facilement deviner et que nous nous abstenons de reproduire.
Pour placer la pièce en batterie.
Le dromadaire du second rang viendra se placer à côté de celui du premier rang; ils s'agenouilleront tous les deux. Deux canonniers, après avoir déchargé la bête de son canon et de son bât-affût, les placeront en batterie en avant des dromadaires, tandis que le troisième artilleur ou caporal (1), tout en surveillant l'exécution, disposera les munitions contenues dans les sacoches.
(1) Chaque escouade est composée de quatre dromadaires, cinq canonniers et un caporal.
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Service de la pièce placée en batterie.
Le servant de droite devra écouvillonner, refouler, amorcer etmettre le feu. La tâche du pointeur sera de fermer le bassinet, d'approvisionner et de diriger la pièce. Le troisième servant, placé entre les deux dromadaires, surveillera les sacoches des munitions, tout en servant de pourvoyeur (fig.8).
Conclusion.
Je présume que ces généralités sur l'ensemble de quelques maneuvres, ainsi que les planches que j'y ai jointes, suffiront pour donner une idée du service des zemboureks.
Les divers perfectionnements qu 'ils ont subis permettent de tirer trois coups par minute, et le bât-affût que j'avais proposé a l'avantage d'offrir plus de solidité que l'autre sans augmenter le poids, puis qu'il ne pèse que 38 kilogrammes, quoi qu'il soit en fer. Enoutre, la pièce assise sur son affût peut recevoir double charge, et le canonnier, plus commodément placé pour pointer, pourra apporter plus d'exactitude et de justesse dans le tir. Le supplément d'un second dromadaire ajoute à la régularité des marches et des évolutions; et les hommes, en outre de l'office de canonniers, font le service à pied comme les dragons et protégent la retraite.
LE COLONEL F. COLOMBARI.
(La fin au prochain numéro.)
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